[Les Rétros du Bloc] Revivez les moments forts de notre programmation : plongez au cœur de nos archives pour (re)découvrir les performances et expositions qui ont marqué l’histoire du Bloc Art.

Le 12 septembre 2026, le Bloc Art à Poitiers a accueilli une expérience sensorielle où les arts visuels et la musique contemporaine se sont entrelacés en résonance avec l’exposition Formes et trans-formes de l’artiste coréenne Sémine Yang. Autour des thèmes de la métamorphose, de l’observation de la nature et des transformations de la matière, l’exposition explore notamment la fleur, l’eau, les vagues et le tissu, dans un dialogue entre formes organiques, mutations géométriques et couleurs traditionnelles coréennes.
En écho direct à cet univers plastique, le musicien et compositeur Paul Brousseau a proposé, lors de ce troisième et ultime concert, une performance live d’une heure, conçue non comme une simple illustration sonore des œuvres, mais comme leur prolongement acoustique et sensible. Sa création fait surgir des divagations aux accents debussystes, des fragments mélodiques suspendus, des impressions fugitives et des harmonies vaporeuses qui semblent se dissoudre avant de réapparaître ailleurs. La musique évoque ainsi des paysages impressionnistes et mouvants, la fluidité de l’eau, les variations de la lumière et la délicatesse des pigments naturels. À cette dimension contemplative répondent de profondes nappes synthétiques, abyssales et enveloppantes, qui investissent progressivement l’espace brutaliste du Bloc Art et ouvrent des perspectives plus telluriques, comme si la musique descendait sous la surface des formes pour en révéler les strates invisibles. Des fragments vocaux spectraux et des échos de voix fantomatiques traversent également la matière sonore, surgissant comme des souffles mémoriels, des réminiscences d’un passé lointain ou les traces d’une intériorité enfouie. Les textures électroniques deviennent alors matière et paysage, tandis que les voix semblent provenir d’un territoire situé quelque part entre mémoire, rêve et disparition.
Dans cette rencontre entre contemplation plastique et création sonore immersive, les œuvres de Sémine Yang trouvent une autre dimension : elles ne sont plus seulement regardées, mais semblent se mettre en mouvement, vibrer et respirer au contact de la musique. La métamorphose devient ainsi le véritable point de rencontre entre les deux artistes : celle des formes chez Sémine Yang, celle des timbres, des textures et des espaces sonores chez Paul Brousseau. Pendant une heure, le Bloc Art s’est transformé en un paysage mental où le visible et l’invisible, l’organique et le synthétique, le silence et la résonance se sont progressivement confondus. Une expérience suspendue, à la croisée des arts, invitant à regarder autrement les formes de Sémine Yang et à percevoir la transformation du monde à travers les vibrations électroniques de Paul Brousseau.
Enregistrement partiel du concert :
Paul Brousseau : paul.brousseau.free.fr
© Richard Vigner : photo et vidéos / © Brno Del Zou : captation sonore